Biographie Edouard-Sylvestre Derottermond



Biographie Edouard-Sylvestre Derottermond

 

ROTTERMUND, ÉDOUARD-SYLVESTRE DE, comte de ROTTERMUND, chimiste, meunier, juge de paix, inventeur et fonctionnaire, né vers 1812 dans la province de Volhynia (Union soviétique), fils de François de Rottermund, comte de Rottermund, et de Rosalie de Kaminska, comtesse de Rottermund ; le 15 mai 1845, il épousa Margueritte-Cordelia Debartzch, fille de Pierre-Dominique Debartzch* ; décédé le 2 décembre 1859 à Montreux, Suisse.

On ne sait presque rien sur la jeunesse d’Édouard-Sylvestre de Rottermund, si ce n’est qu’il naquit en Pologne russe. Il arriva au Canada, venant de Paris, en juin 1843 et l’année suivante il fit une demande auprès du nouveau directeur de la Commission géologique du Canada, William Edmond Logan*, pour occuper le poste de chimiste. Logan déclara que Rottermund avait d’excellentes recommandations et que Jean-Baptiste Dumas lui avait enseigné à l’École polytechnique de Paris. Logan l’emmena en voyage d’exploration en 1844, mais Rottermund se plaignit continuellement des insectes, de la dureté du travail, du transport en canot et des conditions de campement, et il dut être renvoyé à Montréal. Rottermund fut nommé officiellement le 20 décembre 1844. Par la suite, il s’absenta fréquemment de son laboratoire, mais Logan, patient, expliqua sa conduite en ces termes : « Il a été en amour, et il va se marier [...] Je crois qu’il fera l’affaire, mais qu’il aura besoin peut-être de quelque ménagement. » Après son mariage en mai 1845, Rottermund passa une grande partie de son temps à la maison des Debartzch, à Saint-Césaire, dans le Bas-Canada. Il persista dans son refus d’accéder aux demandes de Logan et, au début de 1846, il démissionna, donnant comme motif des affaires de famille. Logan ne fut cependant pas débarrassé de lui puisque, en avril 1846, Rottermund demanda que le secrétaire de la province, Dominick Daly*, le nomme directeur d’un service de recherche en chimie indépendant et différent de celui de Logan. La controverse amena le gouverneur en chef Charles Murray Cathcart à s’en mêler, et l’Assemblée législative exigea qu’on lui fournisse toute la documentation sur l’affaire. La correspondance de Logan avec Rottermund démontre une grande patience face à des faux-fuyants, des retards et un manque de coopération, sur quoi Logan conclut : « La conduite de M. de Rottermund dans l’ensemble de cette affaire m’est apparue très étrange. »

Pendant qu’il travaillait à la Commission géologique du Canada, Rottermund rédigea un court rapport sur les sources d’eau minérale du Haut-Canada, qui fut publié en 1846 sans l’assentiment de Logan. En mars 1847, Henry Holmes Croft*, professeur de chimie au King’s College de Toronto et éminent chimiste canadien, critiqua le rapport de Rottermund dans un article du British American Journal of Medical and Physical Science, de Montréal. Ce rapport, qui révèle une faible compréhension de la chimie, était, de l’avis de Croft, un travail d’imagination pure. Rottermund contre-attaqua avec virulence, dans la revue du mois suivant, en faisant surtout valoir des arguments ad hominem. La controverse cessa toutefois à la fin de l’année.

En 1846, Rottermund exploitait déjà un moulin à Saint-Césaire et, le 22 juin, il obtenait sa naturalisation. Il se porta candidat à la magistrature en novembre et, le 28 janvier 1847, il fut nommé juge de paix. Cette année-là, il fit breveter de nouveaux plans pour un moulin et un blutoir.

En 1849, lorsque parut le rapport de la Commission géologique du Canada pour 1847–1848, Rottermund adressa des lettres à l’Avenir et au British American Journal, dans lesquelles il condamnait violemment le travail de son successeur, Thomas Sterry Hunt*. Ce dernier s’abstint de répliquer jusqu’au moment où ses amis l’incitèrent à réfuter le tout par écrit, ce qu’il fit en janvier 1850 dans le British American Journal, rejetant avec facilité les idées fausses de son adversaire concernant la chimie. Croft, entrant en lice, envoya une lettre au Globe : il appuyait Hunt et qualifiait Rottermund de charlatan. La controverse devint tellement vive que le rédacteur en chef du British American Journal interdit à Rottermund toute nouvelle réplique. Les difficultés de Rottermund en affaires semblent remonter à cette époque, et Antoine-Aimé Dorion* le poursuivit en justice en 1851.

Au début de 1854, Rottermund se trouvait à Paris où il fit la connaissance de Napoléon III et des principaux personnages du monde de la chimie et de la géologie françaises, qui paraissent avoir commenté favorablement ses « découvertes ». À ce moment-là, le secrétaire de la province, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau*, poussé par le beau-frère de Rottermund, Lewis Thomas Drummond*, pria Rottermund d’user de son influence à Paris afin d’obtenir du gouvernement français des livres, des cartes et des spécimens pour remplacer ceux qui avaient été détruits dans l’incendie de l’édifice du Parlement à Montréal en 1849. Rottermund s’acquitta de cette requête. À son retour au Canada, à la fin de 1854, il témoigna devant le comité spécial de l’Assemblée chargé d’enquêter sur la Commission géologique et critiqua Logan. En 1855, la controverse fut rallumée ; Rottermund présenta au conseil municipal de Québec un rapport où il déclarait être convaincu de la présence d’un riche gisement exploitable de charbon pur dans le sous-sol de la haute ville. Bien que la commission ait déjà démontré que c’était impossible, Rottermund souleva des doutes au sujet de la compétence de Logan en géologie.

Maintenant qu’Édouard-Sylvestre de Rottermund se disait aussi bien géologue que chimiste, son charme personnel (ce dont témoigna Logan) et ses relations lui valurent le poste d’inspecteur des mines au département des Terres de la couronne. En cette qualité, il entreprit une étude géologique totalement inutile des rives des lacs Supérieur et Huron, puis produisit deux rapports sur ce travail en 1856 et 1857. Edward John Chapman*, professeur de minéralogie à l’University of Toronto et géologue éminent, fit une critique du premier compte rendu dans le Canadian Journal. Il révéla des inexactitudes géologiques et des méthodes curieuses, et conclut : « Nous cherchons en vain un seul fait nouveau d’une valeur pratique ou scientifique. » À cette époque, Rottermund commença à se prévaloir du titre d’« ancien professeur de chimie analytique à l’école normale de Bruxelles », prétention qui paraît invraisemblable. Selon ses propres paroles, il était « reconnu par les principaux chimistes de l’Académie des sciences » mais, au Canada, il était généralement vu comme un imposteur. Après une carrière remplie de controverses, il quitta le Canada en 1857 ou 1858. Il mourut en Suisse en 1859, à l’âge de 47 ans.

Richard A. Jarrell

Richard A. Jarrell, « ROTTERMUND, ÉDOUARD-SYLVESTRE DE, comte de ROTTERMUND », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 févr. 2016, http://www.biographi.ca/fr/bio/rottermund_edouard_sylvestre_de_8F.html.

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